Introduction de l’article paru dans Fusion (gras ajouté) :
Nous publions l’article de Jerry Cuttler sur les effets des faibles doses de radioactivité à un moment où notre pays est de nouveau submergé par une vague de désinformation sur les conséquences de l’accident de Tchernobyl. La situation est ubuesque : l’ensemble de la communauté scientifique mondiale s’est réunie pour dresser le bilan de Tchernobyl et elle est parvenue à un document très complet publié par l’UNSCEAR l’année dernière. Ce document fait état des certitudes, des hypothèses envisageables et de celles qui ne le sont pas. Parmi ces dernières, on ne constate aucune augmentation des malformations à la naissance dans la région de Tchernobyl. De même, on ne constate aucune augmentation des cancers de la thyroïde en dehors de l’ex-Union soviétique (et encore, pas chez les adultes), y compris dans des pays assez proches, comme la Pologne ou la Roumanie.
Et pourtant, aujourd’hui, on tente de reproduire une affaire de sang contaminé à partir de rien. Des malades du cancer de la thyroïde – maladie dont la prévalence augmente régulièrement dans tous les pays occidentaux depuis 1970 – portent plainte contre l’Etat français, en estimant que le passage du nuage radioactif de Tchernobyl au-dessus de notre pays est à l’origine de leur cancer. Leur plainte est appuyée par l’ensemble des médias français, qui ont rarement été aussi unanimes dans leur négation de la vérité. Nous avions montré (voir Fusion n°64) dans quelle mesure le soi-disant « mensonge de Tchernobyl » a avant tout été un mensonge médiatique. Mais rien n’y fait. Malgré les protestations de la communauté médicale, la désinformation continue. Marc Teissier, le président de France Télévision, a déjà été condamné à deux reprises pour diffamation contre le professeur Pellerin. A chaque fois, il a affirmé sa totale solidarité avec Noël Mamère, également condamné dans cette affaire. Les deux chaînes qu’il dirige, France 2 et France 3, continuent à diffuser des documentaires sensationnalistes sur Tchernobyl, qui ne donnent presque jamais la parole aux scientifiques compétents et qui reposent essentiellement sur des interviews avec des « experts indépendants » autoproclamés. Lorsque la communauté scientifique s’en émeut, lorsque sept sociétés savantes lui écrivent pour protester *, il les traite avec le mépris d’un Goebbels, dont il semble avoir adopté la devise : un mensonge cent fois répété devient la vérité. Il se comporte comme un ministre de l’Information des années 50, renvoyant avec arrogance les journalistes venus l’interroger sur la torture en Algérie.
Il faut bien souligner que l’on a atteint ici une étape supplémentaire de la désinformation. Avant, elle consistait à mettre face à face un scientifique et un militant, dont le seul gage de compétence était la « sincérité » supposée, en laissant croire que la parole de l’un valait celle de l’autre. Aujourd’hui, on procède en bâillonnant littéralement les représentants de la science, en ne laissant plus parler que les seuls militants antinucléaires. C’est parce qu’il y a un tel déséquilibre des paroles que nous avons choisi de publier dans son intégralité le communiqué de l’Académie médecine au sujet des faibles doses et des conséquences de Tchernobyl. C’est elle qui utilise le terme de désinformation, chose hautement inhabituelle dans son discours généralement plus policé. Il est à souligner que ce communiqué a été adopté en séance plénière à l’unanimité.
Emmanuel Grenier
* Notamment la Société française de physique, la Société française de biophysique, la Société française de médecine nucléaire, la Société française de Radiologie et le Centre Antoine Béclère pour les relations internationales en radiobiologie


